Convergence malienne contre les accaparements des terres : La CMAT soutient les paysans dans leur résistance contre ce fléau

Quatre de nos villages sont victimes d’accaparement sauvage, mais inhumain de leurs terres par des puissants richissimes opérateurs économiques et hommes à cols blancs sur les terres de leurs ancêtres. Un seul prétexte : « La terre appartient à l’Etat ». Sao, Sansanding et San sont les villages victimes de cette spéculation foncière.

Les représentants des villages de Dougou Wolowoula à San, de Sanamadougou Sao et Sansanding sont aux abois suite à l’accaparement des milliers d’hectares de leurs terres de cultures. Ces terres sur lesquelles des générations aussi lointaines dans le passé ont gagné leur vie, leur sont retirées par des opérateurs économiques et les plus riches. Ces accaparateurs utilisent ces terres à des fins commerciales, tandis que les vrais propriétaires les cultivent pour se trouver à manger et à subvenir à leurs besoins vitaux. Ces terres ancestrales appartenant à des pauvres paysans ne leur profitent plus, suite à la corruption et à la spéculation foncière.

Face à cette situation, les différentes associations se sont regroupées au sein de la Convergence malienne contre l’accaparement des terres (CMAT) pour faire valoir leurs droits sur leurs terres ancestrales. Il faut préciser que cette situation d’accaparement existe dans toutes les régions du Mali et même ici à Bamako. Raison pour laquelle le présent atelier « d’échanges de la CMAT sur les activités de luttes foncières et perspectives nationales, régionales et internationales ».

En effet, les représentants des villages victimes de cet accaparement des terres ont temoigné de ce dont ils ont été victimes. Ces mêmes représentants ont aussi témoigné que depuis qu’ils ont adhéré à la CMAT, leur droit est de plus en plus défendu par cette association faîtière au plus haut niveau auprès des premiers ministères Cheick Modibo Diarra, Tatam Ly et Moussa Mara. De plus en plus, des solutions se dégagent propices à leurs préoccupations.

À Sao et à Sana, les villageois se plaignent de Modibo Keïta dit GDCM, où ce magnan s’est accaparé de 7.100.000 d’hectares, au détriment des champs des paysans.

Trois jours durant, près de 40 participants venus de toutes les régions du Mali, d’Amnesty international, de Wildaf se pencheront à compter de cette date mémorable du 10 décembre, journée anniversaire des droits de l’homme qui est chaque année célébrée par le Mali.

Toutes ces violations et exactions des droits des paysans sur leurs terres se fait au grand dam du « Code domanial et foncier et de la loi agricole » en vigueur au Mali. Certes, il n’y a pas de convention internationale régissant le foncier dans chaque pays, mais en prenant des accaparements pour des violations des droits à la vie du paysan, à la nourriture …on est bien en droit de faires référence à ces traités.

C’est au sujet d’un rapport sur « Accaparement des terres et droits humains au Mali : cas de Sanamadougou, Sao, Sansanding et San », élaboré en mars 2013 par FIAN et CMAT que le présent atelier se tient pour mieux sensibiliser, informer et former les paysans victimes de ces fléaux d’accaparement des terres. Le rapport en question fut brillamment présenté par Mme Chantal.

Dans sa présentation du rapport, elle s’est surtout appesantie sur « l’accaparement des terres au Mali ». À ce sujet, elle a dit que « ce mal a été encouragé et entretenu par la promotion des acquisitions foncières par l’Etat malien. Cet état de fait, affirme-t-elle, a abouti à une exagération des accaparements des terres par les plus puissants financièrement au détriment des plus pauvres que sont les paysans. Cette exagération a trouvé devant elle une mobilisation et une résistance aussi forte que décisive des paysans.

Selon Mme Chantal, « Sanamadou et Sao sont situés dans la commune rurale de Sibila dans la région de Ségou, cercle de Macina, dans la zone Office du Niger. Les deux villages se trouvent à 25 Kilomètres au Nord-Est du barrage de Markala dans une zone qui s’appelle Sana et qui est connue comme une région avec une production agricole importante. Sanamadougou est un village d’environ 120 familles de 20 à 30 personnes, donc à peu près de 3000 habitants. Saou est habité par 80 familles, donc 2000 habitants.les deux communautés affirment qu’elles vivent et cultivent leurs terres depuis des siècles. Leurs activités principales est l’agriculture. Les paysans cultivent surtout du mil, du sorgho et du fonio sur des terres qui ne sont pas irriguées. Ces céréales constituent la base de leur alimentation. Les communautés font aussi du maraîchage sur des terres marginales.

C’est dans ce contexte que M3, qui est une entreprise agroindustrielle basée dans la ville de Ségou, a commencé à aménager et planter sur les terres dans la zone en 2010. L’entreprise a été créée le 31 juillet 2009 et fait parie du « Groupe Keïta » qui est composé de M3, de la société Grand Distributeur Céréalier du Mali (GDCM) et du complexe Agropastoral et industriel (CAI). À la tête de toutes ces entreprises se trouve Modibo Keïta, un homme d’affaires malien avec de bonnes relations dans les cercles politiques. M3 s’est installée dans la zone et sur réclamation par les villageois en s’appuyant sur deux documents : une convention particulière d’investissement et un contrat de bail.

La convention d’investissement a été signée, d’une part par le gouvernement du Mali, représenté par le Secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre, chargé du développement intégré de la zone Office du Niger de l’époque, Abou Sow, et d’autre part, par « le groupe des Sociétés Moulin Moderne du Mali et le complexe agropastoral et Industriel ». Celui-ci est représenté par Modibo Keïta, président de son Conseil d’administration. Cette convention met en place « un projet d’investissement agricole » dans le cadre d’un partenariat public-privé entre le gouvernement du Mali et le Groupe pour la « Réalisation de projets stratégiques dans l’intérêt des parties », selon la convention a pour objectif de « contribuer à la souveraineté alimentaire et à la puissance agricole du Mali ; de contribuer au développement de l’agro-industrie ; de favoriser le développement de l’élevage te son intégration à l’agriculture et d’assurer à la zone du projet un développement durable intégré ».

Quelle est donc la responsabilité de l’Etat ?

Si l’Etat continue à attribuer des terres arables à des privés pour des fins commerciales au détriment des paysans qui y tirent leur subsistance, sans équivoque, le risque d’embrasement, d’affrontements est à nos portes. Le problème actuel concerne seulement l’exploitation de 14000 hectares contre plus de 100.000 hectares à exploiter par des opérateurs économiques sur des terres des paysans, laissant ces derniers sans terres pour vivre. La spéculation foncière va être à la base d’une crise sociale, si la tendance actuelle continue. Donc, la terre, au regard du droit coutumier, appartient aux villageois occupant ces terres et non à l’Etat dont on fait allusion. L’alerte est donc donnée pour que l’Etat prenne sa responsabilité afin préserver l’intérêt des cultivateurs sur les terres de leurs ancêtres.

BAYE
L’Oeil du Mali - 16 Décembre 2014